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Chant

Les 5 sens

Entendre les chants sacrés des anciennes chefferies.

Aux 17e et 18e siècle, les chefs de ’Anaa étaient les plus puissants des Tuamotu. Cet extrait du chant Fakatara no Tukuhora fait l’éloge de la chefferie Tagihia de ’Anaa et détaille ses possessions terrestres et marines, dont : «Taku roto pārau o Te-vai-tōmeamea Te igoa ra o taku pārau e te Huakina. Taku pū-pārau i vaho, o Te-purehua », « Te-vai-tōmeamea, le lagon à nacre, Huakina, le nom de l’huître nacrière. Le banc à nacres se nomme Te-purehua ».

Ainsi l’huître perlière, la nacre, les gisements étaient nommés, respectés et participaient au prestige de la tribu. La perle elle-même permettait de conquérir une princesse d’une autre tribu et de créer de nouvelles lignées. C’est le cas du Peuple de l’eau et du ciel, se réclamant de Havaiki Nui ki Hiva, l’ancêtre primordial des Tuamotu. Chaque princesse portait le titre de Poe, la perle. Comme cette reine de Hawaii, Tau Pere, issue de cette lignée par l’île de Hiti Au Rereva (Fakarava aujourd’hui) et qui portait le titre de Poe Hiva. Aujourd’hui encore, chaque perle porte un nom, qu’elle peut vous souffler et qui chante l’épopée d’un monde sous-marin sacré, fragile, à respecter et à protéger.


Les Perles de Tahiti restèrent pendant des siècles dans le silence et le secret des profondeurs marines. Puis le dieu ’Oro tomba amoureux et, en offrant des perles à sa princesse, les révéla au monde des hommes.

Entendre le chant de l'eau des nacres et du vent.

Que peut bien raconter une perle ? L’endroit d’où elle vient ? Dans un monde évoluant sous la surface de l’horizon, tout n’est que silence, même si parfois roucoulent quelques bulles d’air égarées. Or, les bruits du monde perlier sont plus variés qu’on ne le croit. Au silence des profondeurs marines s’opposent en effet les sons ronronnants de la ferme perlière et plus largement de l’atoll. Alors que le soleil peine encore à se lever, un noddi brun passe en piaulant sa joie de vivre. Au fare greffe, un calme presque sous-marin règne. L’ouverture des valves se fait sans bruit.


La greffe elle-même n’est que silence. Une fois l’opération achevée, les coquilles sont fixées sur leur corde pour un nouveau sommeil silencieux dans le coeur du lagon. Sur le ponton la mer vient casser sa vague et fait voler des gouttes salées. Les bouées grincent à chaque mouvement des barges, prêtes pour les récoltes du lendemain. Au loin, sur le récif, l’océan assaille et rugit. Même au coeur de l’atoll, le bruit de la mer n’est jamais loin. Les folioles des cocotiers tremblent avec un murmure de vaguelettes ; les grandes feuilles des bananiers clapotent doucement dans la brise. Et chaque branche de aito (arbre de fer) sifflote comme une flûte évoquant le vol plané d’oiseaux au-dessus des vagues.


Au crépuscule, quand le vent se lève, les nacres brillantes et qui sèchent cliquettent dans leur panier comme un angélus du soir. Le fare greffe sur le platier craque et gémit sous le poids des embruns, du soleil et du sel. Sur le toit, les mouettes perchées comme la portée de notes d’une partition perdue jouent leur air en piaillant, le vent comme seul orchestre. La nuit tombe enfin sur l’horizon. La végétation s’endort, dans une rumeur de silence surpris. Demain, on ira récolter les nacres de trois ans, pour une première greffe. Elles aussi ont tant à raconter.

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