Microplastiques dans les lagons

Optimiser la perliculture dans son environnement


Tony Gardon mène actuellement une thèse intitulée « Impact des micro et nano-plastiques sur l’huître perlière Pinctada magaritifera ». Son travail fait partie des différents projets lancés par la Direction des ressources marines pour prendre soin de nos lagons.


L’Ifremer a commencé à s’intéresser aux microplastiques dans les lagons en 2016. Les premiers traits de filet* ont été faits à Takaroa aux Tuamotu.


En 2017, un étudiant en master, Tony Gardon a été sélectionné pour étudier l’impact des microplastiques sur l’huître perlière en s’intéressant d’abord à la méthodologie d’exposition pour mener cette étude financé par l’Ifremer.

A suivi, en toute logique et parce que les acteurs du secteur y ont porté un intérêt, une thèse. Cette thèse effectuée au sein de l’Ifremer est au cœur du projet Microlag (pour Microplastiques dans les lagons). Elle est entièrement financée par la Direction des ressources marines (DRM). Elle doit durer jusqu’à décembre 2020, mais quelques résultats sont d’ores et déjà disponibles.

À l’origine, elle devait suivre trois axes : évaluer la contamination des lagons, évaluer l’impact des microplastiques sur la physiologie de l’huître et enfin, mais il n’aura pas le temps de s’en préoccuper tant les deux premiers axes sont longs, l’impact des nanoplastiques sur les huîtres. Les nanoplastiques étant l’étape qui suit les microplastiques dans le processus de dégradation du plastique.

Pour évaluer la contamination des lagons, Tony Gardon a beaucoup navigué. Avec une équipe de l’Ifremer, il a effectué 30 prélèvements dans quatre lagons différents, soit au total 120 prélèvements. Pour les obtenir, il a laissé traîner un filet manta pendant 20 minutes à trois nœuds.


Ces prélèvements ont été digérés, du moins la matière organique qu’ils contenaient a-t-elle été digérée suivant un protocole standard. Enfin le culot a été filtré et envoyé en France pour analyse. Elles sont à l’Ifremer à Brest « car, précise Gilles Le Moullac, directeur de la thèse de Tony Gardon, les particules récoltées doivent être identifiées ». Certains prélèvements comptent jusqu’à 173 particules par m3 d’eau, mais nul ne peut dire pour l’instant si l’origine de ces particules est minérale, végétale, organique (il peut rester de la matière non digérée) ou bien encore plastique.


À Brest, une personne dédiée à l’opération pendant six mois va observer au microscope chaque prélèvement pour identifier les particules et répondre à la question de l’origine.

En attendant Tony Gardon s’est intéressé à l’impact des microplastiques sur les huîtres. Il a fabriqué des microplastiques à partir de plastiques perlicoles (cordes, collecteurs). Il a broyé ces matériaux, les a tamisés, a estimé le bon diamètre des microplastiques à obtenir pour qu’ils puissent être ingérés par l’huître. La toxicité de ces microplastiques vis-à-vis des larves est avérée même si le seuil de toxicité n’a pas encore été déterminé.


Le collectage est sans doute, de ce fait, affecté. Le bilan énergétique, la biominéralisation et la reproduction des huîtres greffées sont impactés par les microplastiques.


« Mais on ne peut pas dire encore si cela a des conséquences sur la croissance, la qualité de la nacre et/ou de la perle, car l’animal peut mettre en place des mécanismes de compensations. »


Microlag est donc en cours, tout comme Perlibio ou bien encore comme la mise en place du plan de gestion des déchets dans les atolls.

« En fait, nous sommes sensibilisés à la problématique de la qualité des eaux des lagons et aux déchets liés à la perliculture depuis 2007 », affirme Cédrik Lo de la Direction des ressources marines.


« La perliculture est l’une de nos premières filières économiques en Polynésie, nous y sommes très attentifs. »


À l’époque, les agents qui se déplaçaient dans les îles avaient constaté l’importante présence de macrodéchets. Ils ont eu à dresser un état des lieux à chacun de leurs déplacements.


À partir de 2012, avec la Direction de l'environnement (Diren), le Projet Rescue (restauration des services écosystémiques et adaptation au changement climatique) s’est mis en place, intégrant entre autres la problématique de la perliculture.


Entre 2014 et 2018, aux Gambier, plusieurs actions ont été lancées avec des tests grandeur nature : caractérisation des macrodéchets émergés, étude de la faisabilité d’accompagnement financier de la gestion des déchets, établissement des procédés de valorisation des déchets, mise en place de stratégies d’économie circulaire...

En 2014 toujours, un premier article scientifique alertant sur la nécessité de prise de conscience de la problématique des macrodéchets dans les lagons perlicoles a été publié dans le Marine pollution bulletin. Il était signé par Serge Andréfouet de l’IRD et Cédrik Lo de la DRM.


Depuis 2017 un ingénieur environnement a été recruté à la Direction des ressources marines, il est chargé du suivi de la qualité du milieu, de la mise en place d’un guide de bonnes pratiques, de la gestion des déchets...

Il a fallu dans un premier temps réaliser un état des lieux global de la situation et évaluer les coûts liés au nettoyage des lagons. Aujourd'hui, des pistes se dessinent pour, d’une part, traiter certains types de plastiques utilisés dans la filière et, d’autre part, remplacer les matériaux plastiques par des matériaux durables ou biodégradables.


Un plan de gestion des déchets qui permettra à terme d'établir une filière de traitement de ces déchets est en cours de finalisation. Il sera lancé en 2020, voire 2021 tandis que le programme dit Perlibio financé par la DRMM a été lancé en 2018 en collaboration avec l’université de la Polynésie française.

L’objectif ?

Dire stop aux plastiques dans les zones perlicoles et donc équiper les fermes de matériaux biosourcés et biodégradables. De nouveaux collecteurs de naissains biosourcés sont en cours de fabrication et un premier test de cordes réalisées à partir de fibres de bananiers se prépare. La corde envoyée par la Communauté du Pacifique (CPS) à la FRM pour différents essais est arrivée et est prête à l’emploi. Il reste à valider le protocole adapté à la perliculture du test en lagon pour démarrer. À terme, l’objectif serait de fabriquer localement les équipements biodégradables reçus.


La Polynésie regorge de fibres naturelles qui ont toutes leurs chances de répondre aux besoins.