Génèse de la perle

Hugh Cuming et les 27 000 perles de Marutea


Hugh Cuming, en 1828, fait partie de cette petite centaine de capitaines qui ont eu le courage ou l'inconscience, depuis le grand océan Pacifique, entre le Cap Horn et les côtes australiennes. La grande différence entre lui et les autres est qu'il n'était pas circum navigateur ou militaire, trafiquant ou commerçant.


Il n’avait pris la mer que pour assouvir sa passion : collecter les plus beaux coquillages du monde. Il en identifia un en particulier : l’huître perlière de Polynésie orientale.


Hugh Cuming a 31 ans quand il arrive à Valparaiso de son Devon natal, qu’il n’a pas quitté depuis sa naissance à Washbrook le 14 février 1791.


Sa famille était modeste, aussi fut-il placé, à 13 ans, en apprentissage chez un fabricant de voiles. Là, il se nourrit des récits des marins, qui l’enflammèrent. Il y rencontra notamment un fameux naturaliste de la fin du 18e siècle, le colonel Georges Montagu.


À son contact sans doute, il déve- loppa une rare passion pour les coquillages et les plantes. Il décida de devenir un spécialiste en malacologie et conchyliologie, l’étude des mollusques et des coquillages.


Hugh Cuming quitte l’Angleterre en 1819. Passe quelques années à Buenos Aires. Quand il arrive à Valparaiso en janvier 1822, c’est pour y ouvrir une entreprise de voile. Mais tous ses loisirs sont consacrés à la collection des coquillages et de plantes.


Le tremblement de terre de novembre 1822 a- t-il donné un essor formidable à son entreprise, ou bénéficia-t-il d’un heureux mariage avec sa riche maîtresse Maria de Los Santos ? Toujours est-il qu’en 1826, il vend son affaire et prend sa retraite. Il a 35 ans. A la tête d’un coquette fortune, sa vie sera désormais consacrée à la quête des plus beaux coquillages.

Il fait construire un bateau, le Discoverer, un schooner, autrement dit une goélette, dans le but unique de récolter des spécimens de faune et de flore. Cuming serait ainsi le premier à avoir conçu son navire exclusivement dans le but de pouvoir stocker, emmagasiner et ranger des collections d’objets naturels !


Son journal débute au 25 octobre 1827, quand il quitte Valparaiso sur son navire, le Discoverer, commandé par le capitaine Grimwood. Ses écrits s’achèvent le 28 mai 1828, alors qu’il s’apprête à mouiller à Pitcairn sur le chemin du retour.

Durant près de six mois, il sillonne les Tuamotu, à peine 9 ans après la paix qui mit fin à une terrible guerre de 50 ans menée par les guerriers requins, les puissants Parata de l’atoll de Ana’a. Dans certaines îles des Tuamotu, les natifs sont d’une méfiance qui empêche tout contact. Dans d’autres, l’influence chrétienne et européenne se fait déjà sentir. Pour les insulaires, sa quête de coquillages est un amusement et tous se prêtent au jeu de plonger pour lui en rapporter.


Au début de l’année 1828, il jette l’ancre quelques semaines durant à Marutea, 150 ans avant que Jean-Claude Brouillet puis Robert Wan n’en fassent un atoll d’élevage d’huîtres perlières exceptionnel. 40 tonnes d’huîtres perlières sont alors pê- chées et ouvertes. A la page 55 de son journal, il raconte :

« Parfois je vois 2 à 300 huîtres perlières ouvertes et pas une perle. Puis, dans une vieille huître perlière, pas moins de 271 perles, de petites et moyennes tailles. Certaines perles ont des formes vraiment bizarres d’oiseaux, bêtes, poissons, parfois humaines... »

De cette campagne, Cuming rapporta des na- cres parfaitement utilisables pour le marché européen de la boutonnerie, mais aussi, et pas des moindres, 27 000 perles fines !


Son journal nous apprend aussi que dès 1828, les gisements d’huîtres perlières des atolls les plus petits ou les moins riches, comme Tahanea (qu’il nomme Naraea) sont déjà menacés d’extinction. C’est une menace que l’on pensait postérieure à 1860. S’il eut ses détracteurs, Hugh Cuming a été consacré, dans les années suivant sa mort, par le surnom de “Prince of collectors”.

A son décès en effet, le 10 août 1865, le Musée d’histoire naturelle de Londres acquiert, pour 6000 £, plus de 82 000 spécimens récoltés durant sa vie.

Son journal est imprécis. Mais il n’en demeure pas moins que ce document est le premier et le seul, avant 1880, à avoir une approche naturaliste, non commerciale ni financière (même si ce dernier point peut être débattu), de la perle et l’exploitation nacrière dans les Tuamotu.


Pour les Polynésiens, ce prince des coquillages a une autre importance : alors qu’il étudiait la biologie de l’huître perlière, dans le silence étoilé des soirs de Marutea, Hugh Cuming se rendit compte qu’elle était différente de toutes les autres de son espèces. Il fit reconnaître cette différence par les plus grandes sociétés scientifiques de son temps. .


C’est pourquoi l’huître perlière de Polynésie orientale, depuis l’atolls de Scilly jusqu’aux confins de Mangareva, s’appelle Pinctada margaritifera variété cumingii... Cumingii, du nom de Hugh Cuming, qui reconnut ses spécificités. Une huître na- crière unique. Pour une perle unique au monde.